mardi 12 novembre 2013

A l'attention de nos lecteurs Belfortains

Je propose ici un extrait de ma thèse en histoire de l'art, à l'attention de nos lecteurs Belfortains, archivistes ou simples citoyens, sensibles au patrimoine de leur ville. En effet, Jacques-Philippe Mareschal (1689-1778) a laissé son empreinte à Belfort en modelant la place d'Armes, encore en place. A la fin du XVIIe siècle, chez les ingénieurs du roi, la mode est à servir le roi et défendre le royaume de France. Dans la mémoire de tous, le nom de Vauban est celui dont on se rappelle le mieux. Pour autant, il y a des centaines d’autres ingénieurs du roi formés par et pour le corps des fortifications. Ces ingénieurs sont classés dans la section « Ecole de Vauban » que l’on dissocie des ingénieurs de l’Ecole de Mézières, formés plus tardivement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Jacques-Philippe Mareschal se rattache à cette section d’ingénieurs militaires issu de l’Ecole de Vauban. La vie Mareschal est un acte en deux pièces dont la première se déroule dans la province d’Alsace et la seconde en Languedoc.

Ce qui nous interpelle, tout d’abord dans cette recherche scientifique et historique, c’est le nombre important des documents d’archives concernant l’ingénieur militaire. L’organisation polémologique a permis de retrouver des documents historiographiques de première main. Les architectures de cet homme cultivé trouvent leur origine sur le terrain et dans les fonds d’archives militaires ou publiques qui doivent être révélées au lecteur pour une meilleure compréhension de l’ensemble étudié. En posant comme préambule que Jacques-Philippe Mareschal est un ingénieur militaire, les travaux de recherches se portèrent tout naturellement vers l’ancien Service Historique de l’Armée de Terre (S.H.A.T.) reconverti en Service Historique de la Défense (S.H.D.), à Vincennes. 

Vous me permettrez, pour dépeindre le tableau de la vie de Mareschal, un emprunt au chapitre X du Songe de Poliphile : Tant de magnificence ne peuvent que perdre à mes descriptions, veuillez donc, chers lecteurs intelligents, suppléer par tous les moyens de votre imagination, à ce qui m’est impossible de vous exprimer

La carrière de Jacques-Philippe Mareschal, étalée dans le temps, de 1707 à 1777, connaît une ascension jusqu’au point d’orgue de sa nomination de directeur des fortifications de Languedoc en 1739. Sa renommée s’est ainsi formée de son vivant. Durant près de soixante dix ans, l’ingénieur Mareschal a produit des dessins et des projets. Cette longue période d’exercice traduit une évolution du goût et de la pensée de l’ingénieur du roi. Il est peut être bon de rappeler que, lorsque Mareschal fut formé, les ingénieurs du roi s’occupaient alors essentiellement des fortifications et non des ponts et chaussées dont la construction était réservée à d’autres ingénieurs. Jacques-Philippe Mareschal a vécu au cours des règnes de Louis XIV, sous la régence et le règne de Louis XV, longue période durant laquelle le progrès de la science et les nouvelles découvertes inspiraient les grands esprits. A l’image de ses confrères ingénieurs des places fortes, il fut éduqué à la lecture des traités militaires.

Maintenant qu’est connue l’origine parisienne de Jacques-Philippe-Eléonore Mareschal, il est possible d’observer le milieu familial dans lequel il a grandi puis dans un second temps, sa descendance. Le 25 janvier 1718, à l’âge de 28 ans, Jacques-Philippe épousa une jeune femme issue d’une famille bourgeoise de Belfort : Jeanne-Claude Ferrier du Châtelet (1700-1756) âgée de 18 ans. Après son veuvage en 1756, Jacques-Philippe Mareschal ne convola pas en secondes noces. Son épouse fut enterrée à Montpellier.

C’est bien à Mareschal que l’on doit l’édification autour de la place d’armes d’une collégiale, actuelle cathédrale Saint-Christophe, d’un hôtel particulier, aujourd’hui mairie de Belfort et d’un arsenal qui conserve encore une fonction militaire. Comment l’aménagement des différents édifices belfortains allait-il être opéré par Mareschal ? Il faut imaginer qu’il a observé la cohésion de l’ordonnancement dès sa première réalisation, à savoir l’hôtel Noblat, en 1721. En effet, l’étude de l’ensemble des édifices de la Place d’Armes permit de révéler des moyens et des étapes de la construction de cette place. On souligne que Mareschal a rarement collaborer avec d’autres architectes. A Belfort, l’exemple de collaboration pour la collégiale Saint-Christophe est unique. Se plaisait-il à travailler seul ? L’examen de son œuvre atteste qu’il a travaillé indépendamment sur les projets d’édifices militaires ou civils. Les comptes de la ville conservés montrent les liens sociaux entretenus par l’administrateur de Belfort et les ingénieurs du roi en place dans la petite ville. Entretien des espaces publics ou locations de logements aux hommes des fortifications sont répertoriés dans les archives. Jacques-Philippe Mareschal était soutenu par différents dirigeants dans chaque province. A Belfort, il était largement encouragé par son ami François Noblat, subdélégué de l’intendant d’Alsace qui s’affiche comme un véritable mécène tant pour l’ingénieur que pour la ville, elle même. La place d’Armes a été conçue essentiellement par deux hommes : François Noblat et Jacques-Philippe Mareschal, comme le montrent les travaux d’Yvette Baradel.

Dans les années 1720, Jacques-Philippe Mareschal est âgé d’une trentaine d’années. Il travaille alors à Belfort ; ville déployant le second système de Vauban, qu’il connait bien pour en avoir dresser régulièrement des plans et mémoires dès 1711. Ce qui subsiste aujourd’hui de l’hôtel particulier Noblat, actuelle Mairie de Belfort, ne permet pas de voir dans son entier quelle était la distribution de l’édifice dans les moindres recoins. Cependant, grâce aux plans inédits de 1721 découverts au cours de cette recherche, l’hôtel particulier commandé par François Noblat à Mareschal, a enfin livré quelques-uns de ces mystères. Les sources consultées aux Archives Départementales du Territoire de Belfort ont, en effet, révélé un fonds constitué d’une douzaine de plans de l’hôtel datés de 1721. La série dévoile deux propositions de distribution. L’analyse des plans actuels, confrontés à ces deux propositions, permet d’affirmer que la réalisation fut un mélange des deux démonstrations d’aménagement.

 Nous avons pu constater que ces travaux d’ensemble tombèrent dans l’oubli au fil des siècles. L’heure est donc à la restauration de la mémoire de la ville de Belfort. Il a été donné à Mareschal, dès son début de carrière, de concevoir une ville neuve. Ses plans, dès 1711, montrent les espaces vacants que Vauban avaient structurés. Mareschal, grâce à la confiance de Noblat,y place des édifices dont la fonction a toute son importance pour la société : le pouvoir religieux fait écho au pouvoir royal en place qui répond lui-même au pouvoir militaire, le tout sur une même place. La ville neuve correspond à une renaissance. Ce nouveau quartier constitue alors une nouvelle ville, opposée à la vieille ville comme l’indiquent les plans que Mareschal a dessinés. Réalisant plusieurs édifices de fonctions différentes, en une dizaine d’années, Mareschal a laissé une empreinte durable à Belfort.

Jacques-Philippe Mareschal, Befort ?, 2 novembre 1716, plume lavis et encre noire, Vincennes, A.I.G. 1 VH 239, cliché Caroline Millot.

Extrait de la thèse de Caroline Millot, Jacques-Philippe Mareschal (1689-1778), ingénieur du roi et architecte au XVIIIe siècle (Volume 1), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en Histoire de l’art, CENTRE LEDOUX/INHA, EA HiCSA 4100, 2010.













1 commentaire:

  1. Mesdames/Messieurs,
    J'ai été contacté il y a environ 40 ans par un Monsieur Maréchal, se disant (à juste titre) membre de ma famille Ferrier du Châtelet (de) mais (à tort) je n'ai pas donné suite.
    Effectivement Jacques-Philippe Mareschal, écuyer, chevalier de St-Louis a épousé à Colmar en 1720 mon aîeulle en ligne directe, Jeanne-Claude de Ferrier du Châtelet. Les époux ont eu dix-sept enfants.
    Pour plus d'informations voir sur internet "Archives généalogiques et historiques de la Noblesse de France de Louis Lainé 1836" ainsi que archives familiales à votre disposition si besoin.
    Par ailleurs je souhaite adhérer à votre association si possible.
    Cordialement
    Jacques de Ferrier du Châtelet
    Paris
    09 82 31 05 13

    RépondreSupprimer